La hausse des prix du gaz menace le secteur industriel

Published On: 05/01/2022-9.7 min read-

L’Europe est confrontée à une crise énergétique et, même si elle devrait être temporaire, la souffrance du tissu industriel commence à faire sentir ses effets. Le prix du gaz naturel atteint des sommets, mettant en péril le secteur industriel européen et français. Selon les dernières données de GasIndustrial, une association qui regroupe l’industrie gazo-intensive, le prix du gaz a augmenté de 381,2% entre août 2020 et août 2021.

Pourquoi les prix augmentent-ils ?

Le chemin qui mène à cette réponse passe par les méandres du marché mondial du gaz : d’un gazoduc controversé dans la mer Baltique au stockage du gaz en Asie, des méthaniers qui tournent soudainement à la recherche du plus offrant aux traders qui négocient le prix du gaz aux Pays-Bas ou aux croisements entre l’offre et la demande sur le marché de gros de l’électricité en Europe.

Le problème du gaz a commencé l’été dernier. En juillet et août 2020, les prix du gaz étaient si bas en Europe en raison de la crise Covid-19 que cela a entraîné une baisse de la production des industries. Cela n’était donc plus rentable pour les États-Unis d’extraire du gaz et de l’envoyer en Europe. De nombreuses extractions dans les gisements de gaz de schiste (extraits par fracturation) ont été arrêtées en attendant que la situation se rétablisse. Mais en automne et hiver 2020, la demande a repris et l’offre a été insuffisante. Le GNL a besoin de trois à quatre mois pour répondre à la demande, il est toujours en retard, principalement en raison de la logistique, du déplacement des méthaniers.

L’hiver dernier a été relativement froid en Europe et surtout plus long que d’habitude.

Cela a poussé à la consommation de gaz pour le chauffage, qui a été 15 % supérieure à celle de 2020 lors des cinq premiers mois de l’année en France, selon GRTgaz. Résultat, les stocks européens ont été sérieusement entamés et n’ont pas pu être totalement reconstitués durant l’été, en raison, encore une fois, de la forte demande mondiale.

Autre facteur invoqué par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) : les prix des quotas d’émission de CO₂ en Europe, ces « droits à polluer » qui s’échangent sur le marché européen, ont bondi, ce qui fait progresser la consommation de gaz pour la production d’électricité au détriment du charbon.

Par ailleurs, la production de pipelines est à mi-régime. Le gaz n’a pas circulé au rythme prévu dans les gazoducs russes et norvégiens, qui fournissent 60 % de la consommation européenne. Il est vrai qu’ils ont eu des problèmes de maintenance cet été, mais, selon Gonzalo Escribano, directeur du programme Énergie et climat de l’Institut royal Elcano, « on peut spéculer sur le fait que les arrêts norvégiens sont opportuns ; juste au bon moment pour qu’ils augmentent les prix, ou on peut spéculer sur le fait que la Russie joue un jeu géopolitique pour obtenir l’ouverture de Nord Stream 2 et que l’Europe reconnaisse la Crimée comme territoire russe ».

En France, le prix du gaz évolue en moyenne tous les mois en fonction des décicions prises par les pouvoirs publics conjointement avec la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Le prix du gaz est calculé sur de nombreuses variables dont les coûts d’approvisionnement, les coûts de transport, de distribution, de stockage et de commercialisation du gaz. Dans le détail, les coûts d’approvisionnement couvrent l’achat de gaz naturel auprès des producteurs et prennent en compte les extractions des gisements et le transport jusqu’aux frontières françaises. Or, la France ne produit pas de gaz et est dépendante à 99% de la Norvège et de la Russie qui la fournissent en gaz. Malgré un parc nucléaire puissant, l’Hexagone n’est pas non plus épargné par la hausse des prix de l’électricité en raison du mécanisme européen de fixation des prix. Elle est donc exposée aux variations des prix de marché européens et mondiaux.

En outre, l’Europe dispose de plusieurs sources d’énergie pour s’approvisionner, mais elle dépend de toutes ces sources lorsqu’il y a des pics de demande. C’est à ce moment-là que le type d’énergie le plus cher, généralement le gaz, fixe le prix pour l’ensemble du marché. Le problème est que l’Europe ne produit pratiquement pas de gaz, ce qui nous laisse entre les mains d’acteurs extérieurs comme la Russie. À long terme, l’objectif de l’Europe est de miser sur les énergies renouvelables pour se sevrer de cette dépendance au gaz et aux énergies extérieures.

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Les conséquences de cette augmentation du prix du gaz pour le secteur industriel

Cette flambée des prix du gaz a une conséquence sur les foyers résidenciels certes mais surtout pour le secteur industriel. Les industries sont énergivores par nature ce qui signfiique qu’une quelconque variations des prix du gaz et de l’éléctricité a une répercussion immédiate sur les industries avec une importance majeure dans des secteurs spécifiques tels que l’industrie du verre, la sidérurgie ou encore l’industrie textile qui voit leurs factures énergétique doublées.

Ainsi, l’une des premières conséquences directes de cette flambée des prix pour le secteur industriel est visible directement sur sa facture. « C’est bien simple, notre facture pourrait doubler ! » Le directeur général d’Ugitech, Patrick Lamarque D’Arrouzat, a calculé que la hausse des prix du gaz et de l’électricité pourrait lui coûter cette année 40 millions d’euros, et non 20 millions comme d’habitude. La société, qui fabrique des aciers Inox à Ugine, en Savoie, compte avec ses fours électriques parmi les industriels les plus consommateurs d’énergie en France. « Le gaz et l’électricité représentent un bon tiers de nos coûts hors matières premières », explique le dirigeant, qui se dit impuissant face à la hausse de la facture. Or tout ceci va avoir une répercussion dans le schéma de fonctionnement des entreprises. Certaines vont devoir augmenter leurs prix de vente, une option possible uniquement pour les entreprises leader sur le marché et faiseuses des prix comme par exemple la société BCF Sciences Life situé dans le Vannes. Elle a vu le prix du gaz être multiplié par 4,5 depuis janvier 2020. Or, sa société, seule en Europe sur son secteur, peut se permettre de transférer à ses clients la hausse de 20% en six mois de ses couts de revient. Il y a un donc un impact direct sur les marges de l’industrie.

Les industriels de l’Hexagone n’en sont pas arrivés là, car ils sont un peu mieux protégés. Le mécanisme de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) leur permet d’avoir accès au tarif intéressant de 42 euros/MWh pour une partie de leur approvisionnement. En outre, un certain nombre d’aciéristes, notamment le plus gros d’entre eux ArcelorMittal , appartiennent au consortium Exeltium créé en 2005, qui leur permet aussi de bénéficier de prix plus bas. « Nous estimons que 70 à 80 % de leurs achats d’électricité sont ainsi sécurisés. Mais le reste est exposé au marché, » estime le président de l’Uniden, Nicolas de Warren. Très peu d’industriels ont jugé utile de se couvrir, compte tenu des prix constatés il y a un ou deux ans. Avec, donc, un impact direct sur les marges aujourd’hui. « Les industriels peuvent difficilement répercuter ces hausses sur leurs prix de vente », avance Bruno Jacquemin, délégué général de l’Alliance des minerais minéraux et métaux (A3M).

Ainsi, toutes les entreprises n’ont pas cette chance là et certaines sont « prises en sandwich » car elles se retrouvent soit à vendre à perte soit elles prennent le risque de perdre des parts de marché face à la concurrence asiatique. Cet effet ciseaux est, malheureusement, subi par Aluminim Dunkerque pourtant l’un des plus gros producteurs d’aluminium en Europe. « L’aluminium a beaucoup monté sur le marché du LME à Londres, mais beaucoup moins que le prix de l’électricité » explique à l’AFP Guillaume de Goÿs, patron de l’usine. Et ajoute que « la part de l’électricité dans nos coûts de revient, qui était de 25 % en moyenne ces dernières années, est passée à 40 %, c’est un quasi-doublement ». Cela a pour conséquence que beaucoup d’industries font le choix de réduire leur production jusqu’à 50% pour certaines comme par exemple l’industrie du zinc Nyrstar.

Mais existe-t-il des solutions à la hausse des prix du gaz ?

L’un des problèmes de l’industrie est qu’elle ne peut pas électrifier un grand nombre de ses processus et que sa dépendance au gaz est donc plus grande. L’industrie a très peu de flexibilité en matière de gaz et sa capacité de gestion est très limitée car elle dépend de mesures fiscales déterminées par la politique. En France, le gouvernement a annoncé le versement en décembre d’un chèque énergie exceptionnel de 100 euros pour aider près de 6 millions de ménages modestes à payer leur facture énergétique. Au printemps prochain, 150 euros seront à nouveau versés au titre du chèque énergie, a promis le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire. Dans l’immédiat, le Premier ministre Jean Castex a annoncé la mise en place d’un «bouclier tarifaire» qui permettra d’éviter une nouvelle flambée des prix du gaz de 30 % au cours des deux derniers mois de l’année. Les prix resteront figés jusqu’au printemps puis la hausse qui aurait dû avoir lieu l’hiver sera lissée sur les 12 mois suivants. L’augmentation des prix de l’électricité sera, elle, limitée grâce à un geste sur les taxes.

A plus long terme, la France plaide pour une remise à plat du marché européen de l’énergie. La Commission européenne évoque pour le moment la préparation d’un texte qui détaillera les outils à disposition des Etats-membres pour alléger les factures énergétiques.

Cette dépendance à l’égard du gaz constitue donc le principal problème de l’industrie face à la crise énergétique. Des mesures fiscales doivent être prises, mais le secteur industriel doit intervenir dans le système des énergies renouvelables et reformuler les rentes perçues par les propriétaires d’installations de production d’énergie renouvelable sans affecter leur propre récupération de leurs coûts réglementaires.

Il existe pourtant une solution idéale

Le panneau solaire hybride. En effet, cette technologie solaire permettra aux industries ayant une très forte demande d’eau chaude dans leur processus industriel, comme l’industrie textile, de s’affranchir de cette dépendance au gaz. Le panneau solaire hybride doté de la technologie aHTech produit simultanément de l’eau chaude et de l’électricité avec un rendement de 89 %, le plus élevé sur le marché. Grâce à cette double production, l’entreprise pourra satisfaire ses besoins à la fois en eau chaude et chaleur nécessaires pour ses processus industriels et, en même temps produire de l’électricité pour ses besoins énergétiques plus modestes comme ceux de ses bureaux. En plus de pouvoir s’affranchir de sa dépendance, elle se conformera aux obligations européennes imposées aux industries dans le cadre du plan de décarbonisation de l’Union européenne.

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